Depuis « la nuit des temps » nos lointains ancêtres ont toujours cherché à donner une interprétation aux phénomènes sur lesquels ils n’avaient pas de maîtrise: la météo, les saisons, la maladie, la mort, etc. Au fur et à mesure de l’évolution des connaissances les interprétations ont suivi, avec plus ou moins d’inertie, le mouvement.

Nous sommes tous, peu ou prou, sujets au sentiment de culpabilité, renforcé ou non par l’éducation. A coupable il y a châtiment nécessaire, sinon le sens moral s’effrite. Même en remplaçant culpabilité par responsabilité et châtiment par réparation on n’élimine pas le sentiment de culpabilité, on le raisonne, on l’humanise. « Faute avouée est à moitié pardonnée » dit-on. La manipulation des sentiments de culpabilité d’autrui est un instrument de pouvoir imparable et qui n’a pas fini d’être utilisé, si, en plus, on se targue du pouvoir de condamner comme de pardonner au nom d’une autorité transcendante on entre en religion.

Un goût certain pour le surnaturel nous habite toujours peu ou prou et fait partie intégrante de notre imaginaire qui aime bien une interprétation « jolie », poétique, nous avons besoin de rêver, d’un peu de magie.

Il faut distinguer l’interprétation provisoire que l’on remet en cause aisément: « Je crois qu’il va bientôt pleuvoir », de l’interprétation devenue une croyance: « C’est parce que la tribu a offensé les esprits des ancêtres qu’il y a de l’orage ». Cette dernière affirmation fait apparaître plusieurs phénomènes: le besoin d’attribuer une cause à un phénomène, le sentiment de culpabilité, ici collectif, le souvenir d’au moins une génération précédente associé à la certitude qu’elle a été précédée par d’autres, l’interprétation que ce souvenir persistant dans la mémoire correspond à l’existence d’esprits situés dans un ailleurs, « au ciel », capables d’influer sur les éléments naturels et, aussi, le fait que d’avoir une interprétation d’un phénomène va nous donner un moyen d’action plus ou moins direct sur ce phénomène. Il y a même l’idée sous-jacente qu’il y a des actes qui plaisent aux esprits et d’autres qui leur déplaisent (même mon chien sait qu’il peut avoir des comportements qui me déplaisent et d’autres qui me ravissent, mais il n’imagine pas – c’est mon interprétation – qu’il y ait des esprits).

Cette persistance de la sensation de la présence des absents et des disparus: « Je l’entends encore dire … » a pu en troubler plus d’un et donner naissance à l’idée que ceux que l’on a connu vivent encore sous forme d’esprits distincts du notre, ailleurs, en tout cas en dehors de nous. Et donc à l’idée que l’on continue à vivre sous forme d’esprit après notre mort. D’où l’idée d’une âme immatérielle immortelle. Et si en plus les âmes des morts pouvaient se retrouver ensemble après la mort, par exemple dans un lieu paradisiaque où l’on ne peut pas avoir mal aux dents (par exemple): quelle félicité! Cette croyance propre aux monothéismes arabe et occidental a en outre le mérite d’aider à supporter les vicissitudes de l’existence, aussi rudes soit-elles. Mais l’ensemble des autres religions n’est pas en reste: l’idée d’une âme immortelle est universelle. Seul son devenir après la mort diffère, elle peut se réincarner dans le corps d’un animal, voire dans un végétal pour l’Hindouisme, c’est le principe de la transmigration, pour d’autres elle peut seulement se réincarner dans un autre humain, c’est le principe de la réincarnation des grands courants du Bouddhisme qui affirme qu’à chaque incarnation on a à réparer les erreurs de ses incarnations précédentes et à apprendre de nouvelles choses jusqu’à ce qu’on atteigne le niveau de Boddhisattva, personnage de sagesse et de bonté, détaché des souffrances de l’âme provoquées par nos émotions et nos passions. Il existe d’autres courants du Bouddhisme, purement philosophiques tel le bouddhisme Zen (Taoïsme en Chine) que l’on retrouve entre autres dans les arts martiaux japonais et l’art floral de l’Ikebana.

Il y a les mauvais esprits qui nous veulent du mal (les démons) et les esprits qui nous veulent du bien (les anges). Les peintures et sculptures grimaçantes autour et dans les temples d’Extrême Orient ont pour vocation d’écarter les mauvais esprits.

Nous avons besoin de croire d’autant plus à nos interprétations que nous n’en avons pas de rechange qui nous séduise mieux.

Entre « Si tant de gens y croient c’est forcément vrai! », et l’inverse: « Ce n’est pas parce que l’erreur est répandue qu’elle devient une vérité » comme le disait Gandhi, notre esprit humain chemine et s’interroge.

Le doute et la crédulité font partie de notre patrimoine, le doute parce qu’il permet de remettre en cause les certitudes admises jusque-là et de proposer des interprétations plus aisées à démontrer afin d’avoir une action plus efficace, la crédulité parce qu’on a besoin de ses rêves pour essayer d’en concrétiser le plus possible.

Notre esprit d’humains a besoin de certitudes sur lesquelles se baser pour construire, cela va de 1 + 1 = 2 aux lois élémentaires de la physique qui permettent de construire des ponts aussi bien que des avions, d’avoir une cuisson satisfaisante de nos aliments et des trains qui arrivent à l’heure, entre autres exemples. Mais il reste toujours des questions auxquelles nous ne trouvons pas de réponse plausible: « Lequel est arrivé le premier: la poule qui a pondu le 1er œuf ou bien l’œuf dont est née la 1ère poule? ». Il y a bien un truc indémontrable, c’est de répondre qu’ils sont apparus en même temps, mais … il nous faut nous résigner humblement et dire: « Je n’en sais rien. ».

Autre chose: il y a toujours un « avant », est-ce à dire qu’il y a toujours eu quelque chose? qu’il n’y a jamais eu de commencement? Si big-bang il y a effectivement eu, qu’y avait-il « avant »? qu’y avait-il avant l’espace et le temps? Loin de l’idée du big-bang nos lointains ancêtres ont imaginé, chaque groupe humain à sa manière, un commencement très en arrière dans le temps, mais aussi un, ou des êtres, forcément totalement imaginaires, dotés tout comme nous-même, d’un désir et d’un pouvoir de création comme de destruction, mais à une toute autre échelle, celle de l’univers qu’ils percevaient ajouté à ce qu’ils en imaginaient, et, même aujourd’hui ce n’est pas terminé …

Et, s’il n’y avait pas de « avant » ? Si le supposé big-bang n’était qu’un épisode transitoire d’une histoire éternelle? Si notre univers observé avec des télescopes et des systèmes d’observation qui seront totalement dépassés dans un siècle n’était qu’un univers parmi un nombre infini d’autres univers? Cela revient à dire qu’il n’y aurait jamais eu de création, seulement des transformations successives, comme celles que nous pouvons observer quotidiennement. C’est ma croyance, je n’en peux rien prouver, sinon ce serait démontrable. Les religions et sectes peuvent-elles démontrer ce qu’elles avancent?

Sur quoi je me base: à mon avis notre univers ne sera pas toujours en expansion, il va stabiliser ses limites avant de rétrécir, et, d’autre part on constate ces fameux « trous noirs » qui « absorbent » tout ce qui passe à leur portée au centre de leur galaxie, ils peuvent même fusionner, cela va donc continuer au fil de milliards d’années. J’imagine qu’à un moment donné toute la matière de notre propre univers se retrouvera dans un immense « trou noir » dont le contenu réduit à peu de chose générera un nouveau big-bang qui à son tour… Exit l’idée que chaque « trou noir » déboucherait dans une hypothétique 4ème dimension. Jusqu’à preuve formelle d’une autre explication…

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